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L’essentiel en une minute
Un pluviomètre ne mesure que ce qui tombe dans son cône. Une averse peut passer quelques kilomètres plus loin sans laisser une goutte à la station. À l’inverse, SAFRAN produit une estimation continue à partir des pluviomètres et d’un modèle atmosphérique. Les deux sources peuvent donc sembler se contredire sans qu’aucune ne soit forcément absurde.
Pour localiser rétrospectivement les pluies, COMEPHORE est plus précis : ce produit Météo-France fusionne radars et pluviomètres à 1 km et une heure. Son défaut est son délai : le mois N n’est archivé qu’au mois N+2. Il ne peut donc pas corriger la carte du surlendemain.
L’exemple de l’Aude le 13 août 2026
La carte SAFRAN 06–06 UTC montre dix mailles du centre-sud de l’Aude à 0,5 ou 0,6 mm. Parmi les 22 stations audoises disponibles, 21 indiquent 0,0 mm ; Leucate relève seulement 0,2 mm, loin de la petite zone centrale concernée.
Ce constat ne prouve pas que la pluie SAFRAN est réelle, mais il la rend plausible : une faible averse très locale a pu tomber entre les pluviomètres. Il reste aussi possible que l’ébauche du modèle ou la spatialisation ait produit un faux signal. Avec les seules stations au sol, on ne peut pas trancher.
Pourquoi la pluie est le paramètre le plus délicat
SAFRAN analyse les précipitations sur 24 heures dans des zones climatologiquement homogènes, beaucoup plus vastes qu’une maille. La quantité analysée est ensuite répartie dans le temps et projetée sur la grille de 8 km. Or les averses convectives peuvent varier de zéro à plusieurs millimètres sur quelques kilomètres.
L’étude de validation de Quintana-Seguí et al. attribue une part importante des erreurs quotidiennes à cette hétérogénéité à l’intérieur des zones d’analyse. Une carte SAFRAN est donc plus informative que l’absence de station, mais ce n’est pas une image radar de l’événement.
Ce que COMEPHORE change
COMEPHORE est une réanalyse horaire des précipitations de Météo-France disponible depuis 1997. Elle combine les lames d’eau radar, capables de suivre la structure spatiale des averses, avec les pluviomètres, indispensables pour recaler les quantités. Le produit fournit des pixels de 1 × 1 km, ainsi qu’une estimation d’incertitude et un indicateur de qualité radar.
C’est la bonne source pour réexaminer, après coup, une pluie localisée entre des stations. Mais la fiche officielle COMEPHORE précise que le mois N−2 est publié mensuellement : juillet devient par exemple disponible début septembre. Tropical Jardin peut donc employer COMEPHORE pour consolider l’historique, mais la carte récente reste nécessairement fondée sur SAFRAN et les stations.
Qu’est-ce que la « pluie efficace » ?
La pluie efficace n’est pas une autre mesure de précipitation. Dans les fichiers SIM, le paramètre PE correspond au bilan quotidien précipitations moins évapotranspiration réelle. Il indique si, sur la journée, les apports dépassent l’eau repartie vers l’atmosphère.
PE peut être négatif : cela ne signifie évidemment pas qu’il a plu « moins un millimètre », mais que l’évapotranspiration a excédé les précipitations. Sur nos cartes, seule la partie positive est représentée pour montrer l’eau potentiellement disponible après évapotranspiration. Il ne faut pas la confondre avec le drainage ou le ruissellement, calculés séparément par ISBA, ni avec toute l’eau effectivement arrivée à la nappe.
Cette convention explique aussi qu’une petite pluie puisse produire zéro pluie efficace lorsque l’atmosphère et la végétation restituent davantage d’eau au cours de la même période 06–06 UTC.
La bonne manière de lire la carte
Les points de station répondent à la question « combien est-il tombé ici ? ». SAFRAN répond à la question « quelle distribution est la plus cohérente sur le territoire avec les informations disponibles ? ». COMEPHORE, lorsqu’il arrive quelques semaines plus tard, permet la meilleure relecture spatiale des pluies observées par radar et pluviomètres. Afficher les trois temporalités est plus honnête que d’exiger d’une seule source toutes les qualités.